XAOS – KO
Juillet 2019
XAOS – KO, Exposition à l'église de Madiran, 29 juin - 15 août 2019
En juin 2013, attablé seul un soir dans un bar de Lima, la télévision en noir et blanc diffusait un match de boxe. Sur le ring, deux corps tentaient de s’anéantir l’un l’autre dans le tumulte d’une salle enfiévrée. L’un des boxeurs était un blanc, expérimenté, véloce, acquis au public. L’autre, un géant indien ne semblait pas aussi aguerri aux techniques de combat ni familier de l’atmosphère de l’endroit. Planté comme un arbre au milieu de l’arène, ses mouvements paraissaient lents et gauches. Esquivant rarement les coups, les siens ne semblaient jamais devoir toucher leur cible. L’homme était stoïque et sans peur, le combat dura tant et plus. Mais sous les chocs répétés et les vociférations de l’auditoire, l’arbre finit par s’abattre de tout son long libérant du même coup une clameur sauvage mêlant la jubilation à l’effroi.
C’est là ce qui devait se jouer. C’est à ce spectacle qu’une foule nombreuse était venue assister. C’est pour une messe semblable qu’elle se presserait de nouveau :
La répétition immémoriale d’une tragédie mettant en scène un rituel sans parole, l’incarnation d’un simulacre de vie et de mort, de sacrifice et d’immortalité, une catharsis, la purgation expiatoire des passions.
Je n’ai jamais eu de goût pour le spectacle de la boxe et n’ai jamais assisté physiquement à un match. Mais l’émotion première m’avait laissé un souvenir vivace et un sentiment d’incomplétude. Il me semblait devoir réitérer l’expérience pour tenter d’en matérialiser la trace.
L’écran est une fenêtre ouverte sur le théâtre du monde. Dans ce gisement inépuisable d’images en mouvement, suspendant le temps, par delà la brutalité de la scène j’ai fouillé soigneusement la pénombre confuse des arrières plans et les fugaces intermèdes des combats pour collecter des regards, les signes de compassion, furtifs détails hors champ de la sauvagerie, ultime expression de l’humanité.
Ce projet ramène au premier plan par collage ces signes laissés pour compte. Une tentative de réparation, de rachat de ce qui peut être sauvé.
On a June evening in 2013, while sitting alone at a table in a bar of Lima, a boxing match was playing on a black and white TV set. In the ring, two bodies were trying to annihilate each other in the turmoil of a feverish hall. One of the boxers was a white man, experienced, swift, in complete support of the audience1. The other one, a giant Indian, did not seem as seasoned to fighting techniques, nor familiar with the atmosphere of the place. Planted as a tree in the middle of the arena, his movements sounded sluggish and awkward. Rarely dodging the blows, his punches never seemed intended to hit the target. The man was stoical and fearless, the fight lasted time and again. But under the repeated hits and the rantings of the crowd2, the tree ended up sprawling full length, while a wild clamour of exultation mingled with dread arose3.
This is where everything was supposed to happen. A large mob had come specially to attend this show. That was for a similar mass that they4 would gather again: the immemorial setup of a wordless tragedy, a simulacrum of life and death, of sacrifice and immortality, a catharsis, the atoning purgation of passions.
I never had any taste for boxing performances5 and never physically attended a match. But the primary emotion had left me a vivid memory and a feeling of incompleteness. It appeared to me that I had to repeat this experience to attempt to give it a tangible form.
A screen is an open window on the theatre of the world. In this inexhaustible deposit of moving images, beyond the brutality of the scene, I carefully delved into the confused darkness of the backgrounds and the fleeting interludes between rounds. Gathering glances, signs of compassion, stealthy details behind the curtain of the savagery, very last expression of humanity.6
This project, through collages, brings back in the foreground all these signs left behind. An attempt to repair, to redeem what can be saved.
Ce projet d’exposition est à la croisée de nombreuses préoccupations. Il s’alimente bien sûr de mon histoire personnelle ; mais aussi du désir de produire un objet susceptible de dialoguer physiquement avec l’architecture. Du désir également d’investir ce lieu consacré afin de questionner avec respect le regard des personnes habitées par la foi.
Par delà le pathos d’une représentation qui évoque sans détour le péplum Saint-Sulpicien, en relevant dans un contexte profane les motifs et symboles établis de l’iconographie religieuse, je questionne le pouvoir de l'image dans la construction de l’imaginaire collectif, je m’interroge sur son devenir.
L’évangile, récit fondateur des cultes chrétiens, ne donne aucune indication sur l’apparence de Jésus. Pourtant, sa figure fictionnelle définitivement établie plusieurs siècles après sa mort, est si familière qu’elle est pour chacun identifiable entre toutes, incontestable.
Le succès de la mission prosélyte de la chrétienté tient pour une large part dans la rupture avec le pacte iconoclaste et le développement d’une iconographie qui n’a souffert d’aucune concurrence sérieuse au cours de quinze siècles. Dans un monde très majoritairement analphabète, les seules images à disposition du plus grand nombre ornaient les seuls édifices religieux accessibles. C’est principalement à elles que doit la secte d’être devenue une religion.
Longtemps commanditées par les pouvoirs séculier ou religieux étroitement intriqués, les images étaient l’instrument de leur célébration. L’alphabétisation et le développement des moyens de communication ont permis la diffusion de pensées critiques et répandu leur usage à d’autres fins. Elles sont devenues un outil de propagande de contre-pouvoirs, puis leur usage s’est étendu à la promotion du consumérisme, enfin, par la libre accessibilité aux moyens de diffusion que permet internet, à l’expression individuelle.
Si je me réjouis de la démocratisation de l’accès à la parole qui atténue les effets d’une pensée centralisée, La prolifération exponentielle des acteurs de la scène médiatique et de leur production brouille, banalise, déhiérarchise les images; le temps concédé à chacune n’excède plus celui d’un battement de cil. L’image n’invite plus à la contemplation mais au “zapping“ d’yeux toujours plus insatiables. Que cherchent ces regards dans cet océan d’images ? La confirmation de ce qu’ils savent déjà ? A se rassurer du sentiment d’appartenir à une communauté par la promotion de sois et la chasse aux “likes“? à moins que ce ne soit leurs propres reflets confirmant pour chacun la tangibilité de sa présence au monde.
La démultiplication exponentielle des écrans alimentés en flux continu a renforcé le pouvoir de l'image au point de subjuguer les consciences. Les images ne sont plus une alternative au monde, elles sont le monde. La représentation triomphe à présent de la réalité physique.
Ce n’est plus Dieu qui nous regarde par la médiation des icônes, mais nous même. L'icône n’a plus aujourd’hui valeur d’objet sacralisé, mais n’a d’usage que de désigner un anodin symbole d’archivage de documents ou d’état émotionnel normé sous le terme d’émoticône.
J’appartiens au monde d’hier. J’ai tôt eu le sentiment de la nécessité d’échapper à la fonction ; par l’Art, de m’inventer en faisant ce qui me semblait un pas de côté. Force m’est de constater que je suis débordé par l’afflux massif des images. Aurions nous tous fait ce pas de côté ? Cette appropriation par tous des moyens de la représentation et de leur diffusion n’est elle pas l’expression d’une nouvelle pensée unique ?
Paradoxalement, c’est la société du matérialisme triomphant qui a initié la voie de la dématérialisation. On eut pu attendre de ce détachement de l’objet qu’il favorise l’émergence de la spiritualité. Il me semble qu’à l’inverse les images nous parviennent à un rythme tel qu’il nous est impossible de les absorber de manière consciente. Cette submersion dilue le sens de chacune, anesthésie notre capacité de discernement. Bien incapable de dire ce qui émergera de cet océan. À l’instar de la surconsommation du plastique, peut-être est-il temps d’arrêter d’alimenter ce virtuel continent. La vie des uns, la mort des autres, la matière, le temps, l’Art, l’écologie, la politique, tout ce qui secoue l’humanité participent à présent d’un spectacle dans lequel l’idée de la chose prévaut sur la chose elle-même.
J’étais d’abord amusé par l’émergence dans le langage courant d’oxymores tels que «réalité augmentée» ou «réalité virtuelle» tout autant que par «développement durable» et «croissance verte». Je leur accordais peu d’avenir. Contre toute attente, ils se sont enracinés au point de sembler contenir une improbable tangibilité. L’image a intégré le champ de l’économie de marché. Paradoxe du singulier pouvoir décroissant de l’image dans un contexte ou la représentation du monde se substitut globalement à la réalité. L’accroissement exponentiel de l’offre en fait inexorablement chuté la valeur du point. Mais, si je me risque à un parallèle macro-économique, c’est de la multiplication des points que naît la “valeur“. Il semble en effet avéré que nombre de grosses fortunes mondiales se fondent aujourd’hui sur l’immatériel. Le “soft power“ l’emporte, la fiction déborde de son cadre, elle a intégré la fonction, tant dans le champ social qu’économique.
La soumission aux outils connectés nous porte à vivre collectivement hors sol. L’interactivité tant célébrée, ce qu’on nomme réseau social, concerne les machines entre elles. Il y a fort à parier que celles-ci frapperont à court terme l’humain d’obsolescence.
Je me prends à espérer l’avènement Du “grand Bug“ comme d’autres celui du Messie. Peut-être y avait-il une vertu à l’iconoclastie ?
Gilles Tellier, août 2019
Dommage à Corot
Avril 2019
Gilles Tellier. Mars 2019
Exposition en hommage à Corot
Dommage à Corot
Uchronie : “Et si l’œuvre de Corot n’avait pas rencontré le succès ?“
Corot n’a jamais été au centre de mes préoccupations. Bon peintre, son œuvre est une composante du plasma culturel dans lequel j’ai incubé comme tout un chacun.
Ce n’est pas lui faire injure de dire qu’il n’a pas révolutionné la peinture de son temps. Comme pléthore de ses contemporains qui n’ont pas laissé de traces marquantes dans la mémoire collective, elle s’inscrit naturellement dans la continuité du classicisme romantique. D’abord moqué par ses pairs pour son amateurisme, la pension qu’il devait à la bienveillance paternelle lui permit d’attendre patiemment la reconnaissance. Quand elle advint, et pour le reste de sa vie, Il fut abondamment célébré. Lors de ses obsèques en grande pompe, le Marquis de Chennevières, Directeur des Beaux Arts, dans son oraison funèbre, après l’évocation de l’altruisme de l’homme, salua l’Artiste par ces mots : “… le bonhomme qui avait su peindre l’âme de la nature, qui avait loué, dans des œuvres immortelles, les cieux, les oiseaux et les arbres du bon Dieu“.
Comment ne pas aimer un Artiste vertueux, travailleur, conservateur, Chrétien, qui place l’humilité au centre de sa pratique ? ( dixit : Histoire de Corot et de ses œuvres Etienne Moreau-Nélaton - 1905). Indépendamment de la sincérité de l’Artiste, il est l’archétype du peintre consensuel attendu par l’éternelle bourgeoisie bien pensante et prospère qui, hier comme aujourd’hui, s’empresse d’en acquérir les œuvres pour en orner ses coquets salons. Ce qu’elle achète repousse au loin l’idée même du chaos et la confirme dans la certitude de la pérennité de son monde.
Je n’ai rien contre Corot. J’ai saisi cette opportunité qui m’était offerte pour questionner l’histoire en ce qu’elle choisie de retenir. Les hommages aux défunts n’ont de véritable usage que de servir le présent.
Dommage à Corot
Poétique des ruines
Les graffitis sont une expression commise dans l’urgence. Quelques en soient les motifs, Ils semblent répondre à une nécessité : celle de manifester dans l’instant le sentiment d’être au monde. Qu’il soit le fait d’une volonté ou d’une dégradation naturelle, l’outrage au passé confirme le caractère sacré du support. Entre nature et culture, entre passé lointain et futur incertain, les ruines invitent à la mélancolie.
Corot, sur les pas d’Hubert Robert, prit le chemin de l’Italie pour le charme inspirant de ses ruines. Comme lui dans son atelier en appelait à son imagination pour restituer l’impression première, je convoque ici mes propres souvenirs pour donner forme à la mienne.
Télescopage spatio-temporel
J’ai relevé les gravures pornographiques dans une hacienda dévastée située dans le désert de Nazca au Pérou dans l’immédiate proximité des géoglyphes. Les graffitis sur les mûrs d’Exarchia, quartier anarchiste d’Athènes, au moment du référendum sur la crise de la dette en 2015. Les impacts de balles sur un mur du centre de Sarajevo la même année. Certaines gravures sur les vitres du RER C ; d’autres encore sur différents monuments historiques ou murs plus ordinaires en France et en Espagne. Les canapés, dans les poubelles parisienne et Bordelaise. Les papiers peint sur le catalogue William Morris. Les peintures de Corot sur internet.
Les Sans-voix au chapitre
Septembre 2018
“Relativement à l’histoire de la terre, l’extinction de la biodiversité en cours est aussi décisive que la chute de la météorite responsable de la disparition des dinosaures“.
“Une espèce animale ou végétale s’éteint toutes les dix sept minutes“.
Les “Sans-voix“ au chapitre
Par delà le temps géologique, la vie à laissé son empreinte dans la pierre ; de celle qui s’éteint aujourd’hui sous mes pieds, je conserve des photos.
Dépassant tous les clivages, le projet de soumettre la nature à été le plus consensuel et le plus radicalement mené au cours des siècles passes. Avec enthousiasme et détermination, convoquant les oxymores “développement durable“ ou “croissance verte“ nous scions le dernier barreau de l'échelle de l'évolution. On peut considérer ce grand projet fédérateur comme une consécration ultime du génie de l'humanité qui signe ici et maintenant le dernier chapitre de son histoire. Tant d'intelligences conjuguées au service d'un suicide collectif laisse sans voix. Le sentiment de ma molle mais indubitable prédation me plonge dans un abîme de perplexité.
Cette conscience d’un monde qui se dérobe confère à chacun de ses composants une préciosité dont je tente fiévreusement de témoigner.
Le regard que portait l'homme des premiers ages sur la nature ne diffère qu'en un point sur celui que nous lui portons ; nous la percevons aujourd'hui au filtre de toutes les représentations qui en ont été faites au cours des temps. S’atteler à son tour à cette tache, est comme revisiter toute l’histoire de l’Art. Les références sont souvent écrasantes. Pourtant, elle demeure un champ d’expérimentation inépuisable. Elle s’invente, comme aux origines du monde. Généreuse, l’intelligence des formes qu’elle déploie inspire toujours de nouveaux signes, autant d’alphabets inédits, autant d’écritures possibles. Elle est à la source même de l’imagination, fait devoir à l’artiste de ne pas démériter de ce qu’elle lui abandonne.
Dans la pratique, je ne tente pas de retenir ce qui se donne à voir dans son intégrité. Je pose sur le monde un regard fragmentaire, je cherche à recueillir tout ce qui participe de sa complexité, de sa nature organique. Je m’en tiens à l’ordinaire, j’arpente des territoires familiers, de l’endroit à l’envers du décor. J’y collecte une multitude d’images. De retour à l’atelier, ces visions parcellaires, libérées de leur contexte, désaffectées, sont comme les couleurs d’une palette; elles deviennent la matiére méme de l’image, le moyen d'élaborer patiemment une représentation, une fiction.
Mon ambition est de produire chaque fois un objet autonome qui assume physiquement sa présence. Chaque pièce est la synthèse de tout ce dont elle s'est nourri. Elle n'est pas le produit d'un concept prémédité mais une eurythmie précaire, Ie témoignage vivant d'une pensée en mouvement.
Gilles Tellier, Cahors, 2018.








































Brousse


























Septembre 2018
Contamination numérique
Janvier 2018
A propos de l’exposition “Contamination numérique“
La contamination (du latin contaminatio « souillure »), appelée aussi bio-contamination, est le terme utilisé dans le domaine de la toxicologie ou de l'écotoxicologie pour désigner l'envahissement d'un organisme vivant, d'un écosystème (…) par des micro-organismes pathogènes. Par extension, cette contamination comprend la pénétration de substances toxiques ou indésirables (…)
Extrait de Wikipédia
Numérique vs Organique
La technologie numérique a développé son langage conceptuel sur la base de 0 et de 1. Sa traduction plastique s'exprime en pixel, un carré de 0.01 mm de côté. C'est la plus petite composante physique de l'image.
En 1915, Kasimir Malévitch produit un carré noir sur fond blanc et l'expose à Petrograd dans une exposition manifeste qu’il intitule 0.10 et qui fonde le mouvement Suprématiste.
À la veille de la révolution, l'artiste fait table rase du passé. La représentation est une expression bourgeoise. L'Art doit s'émanciper de son rapport à la nature. L'homme Nouveau, grâce à la technologie s'en est "définitivement" rendu maître. Il dispose son "quadrangle" en hauteur dans un angle de mur de la galerie en lieu et place de la traditionnelle icône Orthodoxe.
Il revendique d'abandonner le sujet, le signifiant, lui même ne sait pas ce que contient son carré noir. Il publie “Le Suprématisme ou le Monde sans objet“.
Quelques années plus tard, après avoir décliné carrés cercles et croix, lâché par ses condisciples, il produit "Carré blanc sur fond blanc" qui met définitivement en panne le Suprématisme.
Le paradoxe de la modernité est qu'il semble qu'elle s'épuise plus vite que ce qui ne se revendique pas d'elle. Ces œuvres emblématiques de Malévitch qui se posaient comme formes et couleurs pures en tension dynamique avec l'espace se sont altérées avec le temps. Leurs surfaces donnent à présent à voir craquelures et crevasses, une matière brute libérée en contradiction avec le motif originel. Si lui disait ne pas savoir ce que son carré noir contenait, à présent, la matière s'y exprime; elle a horreur du vide.
Mais au delà du champ de l'Art, l'idéologie totalitaire qui sous-tend le Suprématisme : cette foi dans la culture du “Tout technologique“ n'est pas morte; et, du terme du conflit l'opposant à la nature, je parie pour ma part sur la nature.
Nb : À noter que le terme métaphorique de la terreur informatique est le "bug" : l'insecte en Français.
Gilles Tellier 21 janvier 2018
Titres des œuvres présentées : Monade, 0.10.1 à 0.10.7
- Le terme « monade », employé en métaphysique signifie étymologiquement « unité ». C'est l'Unité parfaite qui est le principe absolu. (…) mais ce peut être aussi, à l'autre bout, l'unité minimale, l'élément spirituel minimal (…)
- Le monadisme, vitaliste, s'oppose à l'atomisme, qui est mécaniste.
- La monade est également un terme en usage en informatique : une structure de données avec un état
- En biologie, une monade désignait autrefois un organisme simple au corps nu (qu'on estimait formé d'une substance charnue glutineuse) pouvant prendre diverses formes.
Extrait de diverses sources internet
Petits format - Rapport
Novembre 2017


A l'origine






























Novembre 2017